« Massacre à la tronçonneuse… nos forêts en état d’urgence »

En France  – 

Les forêts recouvrent 31 % du territoire, soit près de 17 millions d’hectares (l0 millions en 1945 + 2 millions replantés entre 1948 et 1999 essentiellement en résineux à croissance rapide pour les papeteries)

– les 3/4 de nos forêts sont privées

–  67 % sont composées de feuillus, 21% sont  exclusivement conifères, 12% mixtes

– par an on coupe plus de la moitié du bois produit : la forêt augmente en superficie et en volume… mais pas en qualité, sa santé se détériorant à vive allure

(la moitié forêt=mono-espèce, 1 tiers forêt=2espèces – 5 espèces constituent la moitié des peuplements soient 2 espèces de chêne 22 % , hêtre 10 %, sapin+épicéa 16 % – les nouvelles plantations sont à 84 % mono-espèce – près de 80 % des forêts françaises ont moins de 100 ans alors que l’optimum écologique est au delà de 500 ans)

– la gestion forestière est le 2ème secteur d’emplois en France avec 400 000 salariés (dont ONF 8000 salariés)

– en quelques mois les communes forestières françaises ont perdu jusqu’à 60 % de leurs ressources budgétaires en raison de l’effondrement du prix du bois scolyté (pin, épicéa)…

Editions Cherche Midi

…et dans le monde

– 20 % des arbres abattus dans le monde le sont pour la papeterie

– 10 % de la surface mondiale des forêts ont disparu depuis 1990, mais ce rythme a ralenti sur la période 2015-2020  (entre 2000 et 2010 l’agriculture industrielle -surtout élevage de bétail, cultures de soja et de palmier à huile- a compté pour 40 % de la déforestation dans le monde tropical. Les dernières forêts primaires en Europe de l’Est -dont des coupes illégales et mafieuses en Roumanie- ont été détruites notamment pour les besoins des industriels d’Europe de l’Ouest où les coupes intensives augmentent)

– la Chine plante 2,5 fois plus d’arbres que le reste du monde: elle deviendra le menuisier du monde.

Généralités

Plus une forêt est ancienne, plus elle est diversifiée, et plus elle est diversifiée plus elle est capable de surmonter des chocs. C’est en forêt naturelle que la qualité de l’eau est la meilleure.

Une forêt naturelle peut absorber des nitrates et il a été évalué qu’1 hectare de forêt peut absorber 50 tonnes de pesticides par an.

La forêt est essentielle dans les luttes

– contre le réchauffement climatique et la sécheresse, l’érosion des montagnes, le vent, la pollution chimique,

– pour la biodiversité et sa capacité de résilience, la protection de l’eau, le bien-être des êtres humains.

C’est un bien commun, soumis à la tragédie des communs quand la ressource est limitée : quand les uns l’ utilisent, les autres ne peuvent pas l’utiliser !

Situation actuelle

La surexploitation forestière réduit le rôle de puits de carbone et la biodiversité : en France il s’agit plus de « malforestation » que de déforestation.

Depuis 2009 où le président Sarkozy a lancé l’industrialisation de la gestion forestière, l’ensemble des coopératives forestières (privées) sont devenues un outil au service de l’industrie (les plus gros marchés : palettes, panneaux mélaminés, papeterie).

Conséquences  :

– de plus en plus de forêts transformées en plantations de résineux en mono-culture, avec une densité plus élevée, des arbres à croissance rapide et de moins bonne qualité, une utilisation massive d’intrants chimiques et des répercussions négatives sur la qualité des sols, la biodiversité et la capacité à stocker du CO2 ;

– l’apparition d’énormes machines-outils défonçant les sols et détruisant la nature sur leur passage ;

– des scieries devenues industrielles, standardisées, concentrant la ressource en bois au détriment des petites scieries locales polyvalentes ;

– la pression de la filière bois-énergie ;

– de gros investissements à rentabiliser, le besoin des transformateurs à être approvisionnés en continu, la peur de pénurie de bois.

L’industrie du bois est déficitaire notamment en raison d’une sous-exploitation due au morcellement des forêts en de nombreux petits propriétaires et de la très forte importation de meubles en kit.

Soumis à la pression des industriels et de l’état, le Syndicat national des pépiniéristes et forestiers estime que « Nous ne plantons pas assez !» …la forêt doit s’adapter à l’industrie, alors qu’il faudrait l’inverse !

Impacts

– du réchauffement climatique (hautes températures, sécheresses, grosses tempêtes à répétition, multiplication des incendies, prolifération de micro-organismes pathogènes et d’insectes ravageurs),

– de l’explosion du commerce mondial des plantes ornementales (prolifération d’espèces exotiques invasives, passagers clandestins qui survivent à des voyages moins longs, augmentation de l’utilisation de produits phytosanitaires)

– et de la catastrophe financière :

jamais la situation n’a paru aussi grave, jamais la redéfinition d’une politique forestière à la hauteur des enjeux n’a été aussi nécessaire. C’est notre avenir collectif dont il est question.

Santé publique et santé de la forêt peuvent se rejoindre.

L’ONF représente, avec ses ingénieurs et ses techniciens, le dernier corps technique encore capable de définir et appliquer une politique publique dont le seul objectif devrait être la défense de l’intérêt collectif à long terme. Or l’état demande à l’ONF, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), d’équilibrer ses comptes, ce qui est devenu impossible avec la chute du prix du bois après les grandes tempêtes de 1999 et les crises sanitaires aggravées par le réchauffement climatique. Depuis sa création en 1966, les ventes de bois de l’ONF sont passées de 80 % à 30 % de son budget et ses effectifs ont réduit de moitié. Un grand nombre de missions de service public ne sont pas rémunérées. A la fin des années 2000 Bercy lui impose une nouvelle charge faisant exploser le déficit : le financement des retraites des fonctionnaires. L’office est placé sous la double tutelle des ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, mais tout se décide néanmoins au ministère des Finances. En 2019 l’état a décidé de lui retirer son soutien financier et, lors du confinement en 2020, n’a pas financé le chômage partiel des salariés de droit privé (soit un peu plus de la moitié du personnel) …alors qu’il a soutenu des secteurs privés comme l’aérien et l’automobile ! Une nouvelle loi (février 2020) venait de rendre obligatoire le recrutement par l’ONF de salariés de droit privé uniquement, et imposait un conseil d’administration tenu à 50 % par des représentants de l’état (ces derniers s’organisant en pré-conseil pour voter tous la même chose). En mars 2020 l’état lançait un projet de filialisation de certaines activités concurrentielles, avec mise en œuvre au 1er janvier 2021 même si les réunions obligatoires avec les représentants du personnel ne pouvaient se tenir en raison du confinement …des décisions allant toutes dans le même sens : liquider au plus vite cet établissement public embarrassant, sans débat parlementaire.

…Quand les arbres de nos forêts auront disparu, nos gouvernements actuels ne seront plus là pour rendre compte de leur choix d’une gestion comptable au détriment d’une gestion durable.

Les actions entreprises

– mise en quarantaine de 174 organismes par l’Union européenne (avec des mesures sanitaires qui entraînent des surcoûts importants, ex. traitement des bois infectés avant que la forêt soit complètement décimée, mobilisation continue de différents acteurs pour la détection)

– 1ère mauvaise idée : l’énergie bois. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme contre le développement du bois-énergie. Voir « Forêts en crise, relevons le défi », les ateliers Regefor (Recherche et gestion forestière c/o Inra Grand Est-Nancy). Sous le prétexte d’utiliser une énergie renouvelable (biomasse) et de neutralité carbone, on procède par exemple à des coupes à blanc d’arbres précieux et sains (ex. chênes), pour faire du bois de chauffage, ou bien on crée des centrales à bois et des usines à granulés de bois dévastatrices… puisque les arbres ça repousse, et puisque le carbone brûlé sera consommé (via la photosynthèse) par le nouvel arbre qui poussera à la place (…et ne deviendra adulte que vers 60 ou 80 ans ) ! Discours tenu par l’ONF, la plupart des forestiers privés et certaines organisations environnementales, comme l’ADEME ou le Syndicat des énergies renouvelables… Au lieu de laisser  les déchets, tombés au sol après une coupe, nourrir le sol et préserver la biodiversité, on les transforme en granulés de bois. La demande en bois-énergie est devenue si forte en France qu’on va en chercher de plus en plus loin et qu’on en importe

– 2nde mauvaise idée : la compensation carbone, mise en avant par les entreprises polluantes dont les projets de reboisement ne donneront des résultats (s’ils réussissent !) en stockage de carbone que dans 50 ou 100 ans !

– une « Déclaration des droits de l’arbre » a été soumise en 2019 à l’Assemblée nationale par des associations. Ce qui pose la question de la représentation de la nature comme personne morale, celle des sanctions et réparations, et celle aussi du financement d’une politique forestière reposant sur la conservation et non sur l’exploitation (et donc sur la valorisation des services rendus à la collectivité) …par exemple créer une taxe sur les assurances pour les forêts de montagne ? une taxe sur l’eau potable et l’assainissement pour préserver la qualité des eaux souterraines en forêt ? réserver une part de la taxe carbone à la forêt ?

– en juin 2020 un rapport « Forêts françaises en crise » de 6 ONG a été rendu public, présentant le concept de « multi-fonctionnalité » pour la forêt.

– L’association Pro Silva France prend en compte tous les intérêts de l’écologie, réunit environ 400 adhérents (propriétaires, gestionnaires, techniciens, scientifiques, du privé comme du public) et assure des formations (aux forestiers praticiens comme à leurs partenaires territoriaux, élus et Parcs Naturels Régionaux).

Les actions à entreprendre

 – il faut augmenter les effectifs :  du service public afin d’anticiper et prévenir les risques (agents de l’ONF), des pompiers et des scientifiques en charge des problèmes phytosanitaires en forêt.

Les agents ONF doivent notamment sortir très rapidement les bois scolytés pour éviter qu’ils deviennent aisément combustibles. En montagne ils devraient pouvoir sensibiliser les très nombreux petits propriétaires de forêts privées sur les risques encourus en se désintéressant de leurs parcelles (chutes de pierres ou de rochers, glissements de terrain, avalanches, feux, attaques de scolytes ou de nouveaux insectes et champignons, coût de reboisement très lourd) car sans cet investissement stratégique l’addition risque d’être autrement plus salée pour la collectivité, et dramatique ;

– il faut protéger les sources, les rivières et les nappes phréatiques en interdisant l’utilisation d’engrais et pesticides en forêt (importante dans les mono-cultures de résineux à croissance rapide, qui épuisent les sols et sont particulièrement exposées aux épidémies et insectes ravageurs) ;

– il ne faut pas installer de pépinière à proximité de forêt, ne pas transporter de bois ou de terre contaminé.e.

– il faut sensibiliser toutes sortes d’importateurs ;

– il faut réduire la consommation et les importations de soja, d’huile de palme et de granulés de bois pour réduire la participation européenne à la déforestation en Amazonie, Indonésie, Amérique du Nord et Russie.

A nous, citoyens, de…

– créer ou soutenir des associations de défense partout où la forêt, déjà fragilisée par le réchauffement climatique, se trouve en plus menacée par les activités humaines. Des collectifs se créent pour acheter des parcelles forestières et ainsi les soustraire à la monoculture et préserver le milieu naturel ;

– se mobiliser pour le maintien d’un service public qui soit en mesure de sauver notre forêt, un bien commun que l’état considère comme une usine à bois, au service de l’industrie ;

– de consommant moins de bois importé et moins de papier (notamment d’hygiène, emballages, vaisselle jetable) ;

– ne pas se faire livrer de plante via Internet, ne pas en rapporter de voyage.

Agir avec les associations 

Canopée-Forêts vivantes (lanceuse d’alerte, pour un « contre-pouvoir citoyen)
France Nature Environnement et sa campagne « Aux arbres citoyens » (nov.2020)

Greenpeace et campagnes « Objectif zéro déforestation » « Protéger les forêts et la biodiversité »

Groupements forestiers : Forêts sauvages, RAF Réseau pour les alternatives forestières

ASPAS-Réserves de vie sauvage

Les Amis de la terre

Conclusion

Plus de temps à perdre face à l’emballement climatique! Il faut défendre nos forêts, les préserver et empêcher leur transformation en plantations industrielles qui accéléreront la dégradation de notre environnement. Devant le retrait de l’état, et quand l’ONF oublie sa mission première de conserver la ressource, à nous, citoyens, de nous engager en soutenant ces associations.

(note de lecture de Martine Mirambeau, pilote de l’activité ciné-débats)

Post-it Pense-bête

Pour aller plus loin

 

– le documentaire « Le temps des forêts », réalisé en 2018 par FX Drouet (à la rencontre de forestiers et de gestionnaires français qui assistent à une époque de bouleversements et de transition, on y dénonce la « mal-forestation » et la monoculture forestière).

– le documentaire « Frère des arbres, l’appel d’un chef papou» de Luc Marescot et Marcel Dozier (plusieurs prix dont Greenpeace 2018 – ce chef lance au monde un message d’alerte sur les dangers qui le guettent et rappelle que nous sommes frères des arbres )

 – la Déclaration des droits de l’arbre » soumise à l’Assemblée nationale en 2019

 

– le rapport « Forêts françaises en crise » de 6 ONG en 2020